Cet accord américain montre clairement que lorsqu’on met la pression, même les géants du numérique peuvent être contraints de limiter les dégâts. Mais on ne doit pas se contenter d’applaudir à distance : l’UE a les outils — le DSA — et le devoir moral d’aller plus loin que des mesures cosmétiques ou volontaires. Les plateformes ne doivent pas renvoyer toute la responsabilité sur les parents ou préconiser des « contrôles parentaux » qui deviennent un prétexte pour ne rien changer à leurs mécanismes addictifs. Bruxelles peut et doit exiger des changements structurels : fin du défilement infini par défaut pour les mineurs, recommandations non personnalisées, blocage des filtres qui sexualisent ou déforment les corps, limites de temps par défaut et verrous nocturnes sans option “désactiver” trop facile. Ces mesures doivent s’appuyer sur des preuves d’efficacité, être auditées par des tiers indépendants et assorties de sanctions dissuasives en cas de manquement. Il faut aussi protéger les données des jeunes — pas de publicité ciblée sur des mineurs — et exiger transparence totale sur les algorithmes qui façonnent ce qu’ils voient. Enfin, la régulation doit s’accompagner d’investissements publics : éducation aux médias dès le plus jeune âge, soutien aux services de santé mentale et accompagnement des écoles. Bref, le choix n’est pas entre l’inaction et des restrictions symboliques : l’Europe peut imposer des règles ambitieuses qui protègent les enfants et défendent l’intérêt général face à des plateformes qui ont trop longtemps privilégié le profit sur la santé publique.