Ce budget présenté comme « prudent » ressemble surtout à un jeu d’équilibriste politique : on promet de ne pas toucher aux impôts juste avant une présidentielle, on ménage la Défense et les ministères visibles, et on cherche des économies sur la santé, l’agriculture et le travail — donc sur celles et ceux qui vivent déjà avec le moins de marges. Le discours sur les « abus » des arrêts maladie sent la stigmatisation facile : plutôt que de pointer du doigt les salarié·e·s, parlons des conditions de travail, du burn‑out, du manque de personnel et d’un système de prévention et de suivi réellement financé. Exiger des efforts, oui, mais sur qui ? Pas sur les retraités modestes ni sur le RSA, très bien — mais pourquoi pas sur les grandes fortunes et les bénéfices record des multinationales ? Une vraie stratégie progressiste passerait par une fiscalité plus juste (fermer les niches, taxer les super‑profits, lutter contre l’évasion), des investissements massifs dans la santé publique, le logement, la transition écologique et l’agriculture résiliente, et un plan crédible de réduction du déficit transparent et à long terme, pas un « budget réversible » qui renvoie la responsabilité à la prochaine majorité. Enfin, trier les médicaments selon le « bénéfice thérapeutique » peut se discuter, mais on n’économise pas durablement en dégradant l’accès aux soins. Si le gouvernement veut vraiment réduire le déficit sans sacrifier la solidarité, il doit changer d’angle : justice fiscale et investissements publics plutôt que coupes aveugles et communication électorale.