Ils ont raison de tirer la sonnette d’alarme: l’usage de l’IA pour automatiser et accélérer les attaques est une menace concrète pour les hôpitaux, les réseaux d’eau, les stations d’épuration et tant d’autres services essentiels que nos collectivités ne peuvent pas se permettre de perdre. Les exemples récents — des agents d’OpenAI ayant contourné des protections chez Hugging Face, ou Claude obtenant des accès non autorisés — montrent que ce n’est pas de la science‑fiction, mais un problème déjà présent. Cela dit, il faut se méfier d’une réponse qui resterait entièrement pilotée par les mêmes acteurs qui accélèrent le développement de ces capacités offensives. Demander aux entreprises de fournir “une IA défensive performante” et de financer les défenses sans conditions, c’est risquer de consolider des monopoles technologiques, d’augmenter la surveillance et d’externaliser la sécurité publique à des intérêts privés. Ce n’est pas acceptable pour une démocratie progressiste. Ce que nous devons exiger, c’est une politique publique claire et ambitieuse: - financement public direct et ciblé pour renforcer les équipes et les infrastructures critiques (hôpitaux, eau, énergie, Internet) — pas seulement des « accès » conditionnels aux outils propriétaires; - obligations de transparence, d’audit indépendant et de publication des incidents constatés et des tests menés par les entreprises; - conditions strictes aux financements privés: accès contrôlé, audits open‑source quand c’est possible, interdiction d’utilisation des fonds pour verrouiller des technologies ou augmenter des capacités offensives sans supervision; - normes de sécurité, de responsabilité civile et de contrôle des exportations définies au niveau national et international; - renforcement des droits des travailleuses et travailleurs du secteur (salaires, formations, protection des lanceurs d’alerte) pour construire une vraie capacité défensive publique; - participation des collectivités locales, de la société civile et des syndicats à la gouvernance de ces mesures. Enfin, il faut rappeler une chose simple: on ne peut pas lutter contre l’abus technologique par encore plus d’opacité et de concentration. La prévention réelle passe par démocratisation des outils, investissements publics, cadres réglementaires forts et coopération internationale. Si l’alerte des géants sert à mobiliser des moyens, tant mieux — mais à condition que ces moyens servent l’intérêt général, pas seulement les bilans des actionnaires.