Bête et ignorant que je suis, j'avais un a priori sur Boris Vallaud : le socialiste (déjà) convenable (en plus). J'ai lu « Nos vies ne sont pas des marchandises » (Seuil, avril). L'a priori s'est effondré. Tout le livre tient dans un mot que l'auteur a créé : démarchandiser. C'est-à-dire sortir du marché ce qui n'aurait jamais dû y entrer : Ehpad à but lucratif (on a vu le résultat chez Orpea en 2022), écoles sous contrat, groupes de crèches à actionnaires, cliniques rachetées par des fonds de pension, enseignement supérieur privé coté en Bourse, pompes funèbres. Avec la rentabilité pour boussole, et les dommages collatéraux pour les usagers et pour l'État : inégalités, surcoûts, qualité en berne. Démarchandiser, c'est décider que l'eau, le soin, le grand âge, le logement, le vivant, la santé, la mort ne se vendent pas comme des chips au supermarché. La régulation ne suffit plus. « Le marché ne peut à lui seul organiser les conditions de l'émancipation humaine », écrit-il. Le livre s'articule en trois temps : un diagnostic, une mise en perspective avec l'histoire du mouvement socialiste, puis le mode d'emploi de la démarchandisation. Un socialiste stimulant, je n'y croyais plus ! Ma seule remarque : le livre mériterait une version concise, au format « Tracts » de Gallimard par exemple, pour toucher plus de lecteurs. J'en sors avec un préjugé en moins : il existe encore des socialistes qui pensent. Du moins « un ». Enfin, peut-être n'est-il plus tout à fait socialiste ? #Démarchandisation #Vallaud #Ehpad