CRIS DU CŒUR D’UN TALIBÉ Je prends la parole avec beaucoup de retenue, mais aussi avec une profonde douleur. Je suis de cette famille. Je suis un talibé. Je revendique pleinement cet héritage et tout ce qu’il représente. Mais justement parce que je suis attaché à cette famille, je refuse de transformer cet attachement en fanatisme. Être talibé ne signifie pas fermer les yeux lorsque quelque chose nous interpelle. Cela signifie aussi avoir le courage de dire ce que l’on pense, avec respect, sincérité et responsabilité. Touba n’est pas une ville comme les autres. Elle est fondée sur une vision, une discipline, une spiritualité et des principes qui ont été transmis de génération en génération. Les interdictions qui y sont établies ne sont pas nées d’un caprice ou d’une volonté personnelle. Elles s’inscrivent dans une conception précise de ce que doit être la ville sainte. Le 18 septembre 1980, des interdictions avaient été formellement établies concernant notamment la vente et la consommation d’alcool, la drogue, les jeux de hasard, les vols, mais également les tam-tams, la musique de danse, les manifestations folkloriques et, plus largement, tout ce qui est contraire aux principes de l’Islam. Ces règles constituent une partie du legs spirituel de Touba. Et c’est précisément pour cette raison que la situation actuelle me pose question. Comment peut-on comprendre qu’une personne qui s’est publiquement retrouvée en opposition avec certaines règles et orientations de la ville puisse être reçue et autorisée à y entrer et à y exercer ses activités comme elle l’entend, alors même que cela semble aller à l’encontre des interdictions qui ont historiquement été posées ? La question n’est pas de savoir qui est la personne. La question est de savoir quelle place nous accordons aux règles de Touba. Si demain chacun peut considérer qu’une interdiction ne le concerne pas, ou qu’une autorisation individuelle suffit à l’effacer, alors que reste-t-il de la force de ces règles ? Je ne cherche ni la polémique, ni l’affrontement, encore moins à manquer de respect à l’autorité religieuse. Mais un talibé a aussi le droit de s’interroger. Et parfois, se taire par peur d’être accusé de fanatisme ou d’irrespect peut être une autre forme de renoncement à la vérité. L’héritage de nos illustres prédécesseurs nous enseigne justement la fermeté sur les principes, la clarté dans les positions et le refus des faux-fuyants. Touba doit rester Touba. Une ville où les règles ont un sens. Une ville où les principes ne doivent pas varier en fonction des personnes, des circonstances ou des rapports de force. Je le dis avec humilité : je ne prétends pas détenir la vérité, et je ne me place au-dessus de personne. Je parle simplement avec le cœur d’un talibé qui aime sa famille, qui aime Touba et qui souhaite voir préservé ce qui fait son identité. Je ne suis contre personne. Je suis pour le respect des principes. Je ne suis pas dans le fanatisme. Je suis dans l’interrogation, dans la fidélité à un héritage et dans la volonté de comprendre. Et surtout, je prie pour que nos actes, nos paroles et nos décisions soient toujours guidés par la recherche de la satisfaction de Dieu et la préservation de l’héritage spirituel qui nous a été confié. Enfin, je voudrais exprimer toute ma reconnaissance à Serigne Mountakha Mbacké, Khalife général des Mourides, pour son exemplarité, sa sagesse, sa retenue et son attachement constant à la préservation de l’héritage de Touba. Qu’Allah lui accorde une longue vie, une santé parfaite et la force de continuer à guider la communauté avec sagesse. Touba appartient à un héritage. Et un héritage ne se protège pas seulement par les paroles : il se protège aussi par la fidélité aux principes. #Touba #Talibé #Islam
