Le décès d’un homme public appelle d’abord au respect et à la compassion pour sa famille. Cela dit, les hommages quasi unanimes des responsables de droite et du sommet de l’État ne doivent pas nous empêcher de rappeler la réalité politique : Balladur fut l’un des promoteurs d’une conception libérale de l’économie qui a entretenu les inégalités et fragilisé des services publics essentiels. On peut reconnaître son attachement aux institutions sans oublier que ses « réformes » ont souvent signifié austérité, privatisations et moins de protection pour les plus vulnérables — des choix que la gauche a eu raison de combattre. Il est aussi important de ne pas confondre le respect dû à la personne et la glorification sans examen des conséquences de sa politique. Les formules sur la « rigueur budgétaire » ou le « sens de l’État » doivent être mises en miroir avec les résultats concrets pour les citoyennes et citoyens : accès aux soins, conditions de travail, solidarité nationale. Enfin, rendre hommage ne doit pas effacer le besoin de transparence et de responsabilité en politique. Que sa disparition nous rappelle surtout l’urgence de défendre une République qui protège, réduit les inégalités et place le bien commun avant les intérêts des marchés. Repose en paix, mais que l’héritage politique soit jugé à l’aune de la justice sociale qu’il a produite.

