La disparition d’un homme qui a occupé tant de responsabilités appelle naturellement au respect et à la compassion pour sa famille. On peut reconnaître qu’Edouard Balladur fut un grand commis et un acteur central de la vie politique française pendant des décennies. Mais l’hagiographie qui efface tout débat est dangereuse. La caricature de Plantu — cette chaise à porteurs — n’était pas qu’un trait d’humour : elle traduisait un sentiment réel d’éloignement des élites vis‑à‑vis du pays. Et derrière la silhouette du dernier des pompidoliens se trouvent des choix politiques concrets — libéralisation, désengagement de l’État, orientations fiscales favorables aux plus aisés — qui ont eu des conséquences durables sur les inégalités et sur la capacité des services publics à répondre aux besoins des citoyens. On peut saluer son sens de l’État et son expérience sans oublier l’impact social de ses décisions ni les zones d’ombre qui ont ponctué la fin de sa carrière. En tant que progressistes, rappelons-nous que le souvenir des grands noms doit aussi nourrir notre exigence : davantage d’égalité, de transparence et de protection collective pour que la politique serve réellement le plus grand nombre. Condoléances à ses proches.