🚨 Il s’est passé quelque chose d’assez sérieux hier sur les marchés obligataires... Le 10 ans américain s’est rapproché dangereusement des 5%, le 30 ans a dépassé 5,3% (plus haut depuis juin 2027), le 10 ans français tourne autour de 4,3% et le 30 ans français retrouve des niveaux qu’on n’avait plus vus depuis 2003. Ce n’est pas simplement parce que l’inflation est un peu trop élevée. 📈 À mes yeux, on est en train de voir plusieurs problèmes se télescoper alors que les marchés arrivaient encore à les traiter séparément. Je parle de la guerre en Iran, du pétrole au-dessus de 100$, de l'avancée des Houthis au Yémen, des banques centrales contraintes de redevenir plus agressives, des déficits publics gigantesques et de la quantité ahurissante de capital à financer partout dans le monde. La sainte loi des taux d'intérêt est intraitable car quand tout cela arrive en même temps, le prix d’équilibre de l’argent finit par monter. 🇾🇪 Le vrai game changer géopolitique d’hier, et je pense qu’il faut vraiment insister dessus, c’est Mocha au Yémen. Les Houthis soutenus par l’Iran ont pris cette ville portuaire stratégique puis avancé jusqu’aux îles Hanish, en direction de Bab el-Mandeb. Pour ceux qui ne visualisent pas le problème, Bab el-Mandeb est la porte sud de la mer Rouge et tout ce qui veut rejoindre Suez depuis l’océan Indien doit pratiquement passer par là. On parle d'environ 7% de la production mondiale de pétrole qui transite par cette zone. Après Ormuz, les Iraniens sont aujourd'hui capables de menacer Bab el-Mandeb et ont déclaré un blocus maritime contre les navires saoudiens. 🤔 Du coup, qui peut remplacer ces barils ? Si on parle d'un producteur qui dispose d’une taille suffisante, d’une industrie capable de réagir et d’un pétrole accessible hors Moyen-Orient, il ne reste que les États-Unis mais là encore, il faut rester prudent. Le pétrole de schiste américain n’est plus celui de 2014 puisque les meilleurs gisements vieillissent, les coûts ont augmenté, les actionnaires demandent avant tout du cash-flow et les grands producteurs ont des budgets annuels qu’ils ne vont pas bouleverser parce que le baril passe les 100$. Pour info, les producteurs expliquaient déjà au printemps qu’ils n’étaient pas prêts à lancer une nouvelle vague massive de forage avec un baril à 100$ sauf s'ils avaient la conviction que ce niveau allait durer plusieurs trimestres. 🤷♂️ Bref tout ça pour dire que le marché obligataire prend une balle, d’autant que les données américaines n’ont absolument rien fait pour calmer le jeu. Les prix à la production publiées hier sont ressortis à +0,4% sur le mois et +5,4% sur un an, avec +1,1% sur les biens. Aujourd’hui arrive l'inflation CPI américaine qui devient presque un juge de paix. Un CPI plus faible pourrait provoquer un beau rally tactique sur les taux longs tellement le mouvement est devenu violent mais ça ne changera pas le fond du problème. Tant que le pétrole reste au-dessus de 100$ et que les routes énergétiques restent sous tension, le risque de transmission de l'inflation dans l'économie reste présent. 🤦♂️ Autre chose, comme vous le savez, Scott "The House" Bessent essaie d’améliorer la plomberie du marché obligataire via des rachats de dette longue. Le Trésor a triplé la taille maximale de son opération de buyback sur certaines maturités longues en passant de 2 à 6 milliards de dollars. C'est ridicule et pour vous dire j'espérais au moins 12 milliards. La sanction est sans appel et les taux longs ont continué de monter après l’annonce. Oh, et je ne parle meme pas des 5000$ de dividendes de Trump parce qu'on pourrait croire qu'on est à South Park. 🇪🇺 En Europe, on a eu droit à une couche supplémentaire. La BCE a remonté hier son taux directeur à 2,50%, sa deuxième hausse de l’année, parce qu’elle commence à craindre que le choc énergétique se diffuse au reste de l’économie, et à raison. Lagarde a parlé d'une inflation qui devrait rester au-dessus de la cible pendant une période prolongée, et à raison encore. Le 10 ans allemand a retrouvé son plus haut depuis 2011 et le 30 ans français revient aux niveaux de 2003. ⚠️ Je vois beaucoup de gens paniquer mais pour l'instant, je ne pense pas qu’on soit encore dans une crise obligataire au sens où personne ne voudrait acheter de dette américaine ou française. Les adjudications trouvent encore et toujours de la demande mais le marché ne veut juste plus le faire à n'importe quel prix. Par contre, si le 10 ans américain commence à s’installer durablement au-dessus de 5% avec un Brent à trois chiffres, il va vraiment falloir revoir la façon dont on valorise énormément de choses comme l'immobilier, le private equity, la dette d'entreprise, la tech, les budgets publics et même la capacité des banques centrales à faire leur travail. Mocha au Yemen a été l’étincelle parfaite dans un marché obligataire déjà rempli d’essence par les déficits, les émissions de dette, l’inflation et le retour des banques centrales hawkish. Par contre, ce qui me fait tiquer c'est que les taux montent alors même que les risques sur la croissance augmentent. Tant que ce sera le cas, je prendrai le mouvement beaucoup plus sérieusement qu’une simple correction obligataire. #Marchés #Obligations #Économie










