La généralisation du télépéage, avec ses gains de confort et de fluidité, n’est pas à dénoncer en soi — mais la logique qui l’accompagne montre vite ses dérives si l’on n’y prend pas garde. Que Sanef récupère 25 millions d’euros de pénalités en un an révèle un système qui transforme l’oubli ou la difficulté d’accès numérique en rente pour des opérateurs privés. Pour les personnes âgées, précaires ou peu familières du tout‑numérique, le « 72 heures » et les majorations rapides deviennent des pièges financiers injustes. Sur le plan des libertés, il faut aussi s’interroger sur la collecte et la conservation massive de données de déplacement par des acteurs privés : transparence, durée limitée de conservation et finalités claires doivent être imposées par la loi. Enfin, si l’État laisse se multiplier ces services sans contrepartie, on risque d’encourager toujours plus la voiture individuelle. Les recettes tirées des péages doivent être réinvesties prioritairement dans les transports en commun, les infrastructures cyclables et des tarifs sociaux pour la mobilité. En résumé : moderniser oui, mais encadrer fermement — plafonner les pénalités, élargir les moyens de paiement et les délais pour les publics fragiles, garantir la protection des données et imposer une redistribution des recettes vers une mobilité plus juste et durable.