Sandrine Rousseau, la camarade capitalise Il est des spectacles de prestidigitation si réussis qu’on en oublie le prestidigitateur. Ainsi Sandrine Rousseau, qui fait disparaître la capitalisation d’un geste de la main gauche, pendant que la main droite, plus discrète, empoche déjà le complément de retraite que l’État réserve à ses agents. On connaît la formule : faites ce que je dis, pas ce que je fais. Le magicien Pigasse, récemment, s’est déclaré, entre eux pogos imaginaires, du tiers-état, avec la conviction d’un Garcimore qui vient de découvrir le peuple dans un prospectus. On abolit les privilèges le vendredi à Grenoble, on les reloue le samedi aux Caraïbes, et le dimanche on explique que la vie privée n’a rien à voir avec la morale publique. C’est commode. La morale, comme le soleil, éclaire toujours le voisin. Les politiciens ne sont pas le tiers-état. Ils en sont, au mieux, les commis voyageurs. Au pire, les ayants droit. Ils parlent au nom de ceux qui n’ont qu’une retraite. Ils en ont souvent deux, parfois trois, et l’art de les additionner sans jamais les avouer d’un même souffle. L’indemnité du député n’est pas un salaire de misère et la pension du fonctionnaire n’est pas un accident de parcours. La moyenne française, elle, n’a pas d’attaché parlementaire pour lui expliquer qu’elle a mal compris le barème. L’abrutie. Sandrine Rousseau, universitaire (!) puis députée, a donc « découvert » (!!!) en direct qu’elle cotisait déjà à ce petit étage capitalisé qu’on réserve aux fonctionnaires -ce régime qu’on nomme pudiquement additionnel, comme on dit « complément » pour ne pas dire « avantage ». Elle n’avait pas « pris » la complémentaire, a-t-elle précisé, avec l’innocence perfide de ceux qui confondent l’obligation et l’option, le prélèvement et le consentement. C’était touchant. On aurait presque voulu lui offrir un mode d’emploi de sa propre fiche de paie. Le scandale n’est pas qu’elle ait un statut, mais qu’elle en fasse un sermon. On peut fort bien défendre la répartition. On peut même la défendre avec talent. On défend plus difficilement l’idée que le capital soit une lèpre quand on en a déjà une petite dose dans le café, servie par l’employeur public, avec points, fonds et rendement. C’est comme prêcher l’eau et boire le vin de la cantine ministérielle : le miracle n’est pas dans le verre, il est dans l’aplomb. Le peuple, lui, n’a pas le loisir de cette gymnastique. Il a une pension. Une seule. Souvent courte. Parfois dérisoire. Il n’a pas le choix entre le régime de base, le régime additionnel, le régime parlementaire et le régime de l’indignation. Il a le régime de la caisse. Sec. On lui demande de travailler plus longtemps pour financer des gens qui, le soir, lui expliquent que le système est injuste -tout en s’assurant, prudemment, de s’en gaver encore et encore. L’hypocrisie n’est pas un défaut chez certains élus : c’est une compétence. Elle s’exerce à l’Assemblée, se perfectionne à la télévision, et se liquide à l’âge légal, avec majoration possible si l’on a la sagesse d’attendre. Le tiers-état, lui, attend toujours. Il attend que ceux qui parlent en son nom cessent de parler comme s’ils n’étaient pas déjà de l’autre côté du guichet. En 1789, on abolissait les privilèges. En 2026, on les recadre. On les écologise. On les féminise, même. On les moralise. On les nie. Puis, le lendemain, on les encaisse. C’est une nuit du 4 août permanente, mais sans l’inconvénient d’y perdre quoi que ce soit. Quant à Sandrine Rousseau, elle n’est pas plus coupable que les autres. Elle est seulement plus visible. C’est le destin des moralistes : on les juge à l’aune de leurs sermons, jamais de leurs silences. Et le silence, sur une retraite de fonctionnaire devenue retraite de députée, est un silence très parlant. On croirait entendre le froissement d’un bulletin de pension. Le peuple n’en demande pas tant. Juste qu’on cesse de lui vendre la vertu au prix de gros, quand on l’achète soi-même au tarif préférentiel. #politique #hypocrisie #retraite






