La Banque de France vient de sortir gravement de son rôle, en intervenant dans le débat politique pour la première fois de son histoire. Elle vient ainsi de renoncer à son indépendance. En attaquant officiellement une proposition politique, la « congélation » de la dette publique, elle franchit une ligne rouge. Son gouverneur ne peut plus prétendre incarner une quelconque neutralité, il doit en tirer les conséquences et partir. C’est d’autant plus grave que les trois arguments qu’il a donné sur RTL (« illégal, dangereux, et inutile ») sont trois mensonges. 1️⃣ « Illégal » ? C’est faux. L’article 123 interdit le financement direct des États. Il ne mentionne ni l’annulation ni la conversion de titres déjà acquis. Aucune décision de la CJUE ne les a déclarées illégales. Emmanuel Moulin transforme une interprétation contestée en interdiction écrite. De fait, cet article n’a pas empêché la BCE de créer de la monnaie pour absorber les déficits du Covid, avec un programme d’achats de dette publique de 1 850 milliards d’euros. Curieusement, les traités sont souples lorsqu’il faut sauver le système, mais rigides lorsqu’il faut protéger les populations. 2️⃣ « Dangereux» parce qu’inflationniste ? C’est faux. Annuler ou geler des titres déjà au bilan de la Banque de France ne crée évidemment, en soi, aucun euro supplémentaire et donc donc aucune inflation supplémentaire ! 3️⃣ « Inutile » parce que cela ne réduirait pas le déficit budgétaire ? Personne n’a bien sûr dit que cela le réduirait ! Mais geler près de 500 milliards de dette libère des marges de manœuvre financières massives. C’est autant de capital que l’État n’a plus à rembourser ni à refinancer. Quant au prétendu « trou » dans le bilan de la BCE, une congélation ne nécessite même pas d’annulation comptable. Le communiqué fait surtout un aveu spectaculaire : en six mois, l’État a remboursé 58 milliards d’euros de titres détenus par la Banque de France. Pour les rembourser, il doit emprunter à nouveau sur les marchés à des taux beaucoup plus élevés. Autrement dit, on remplace une dette détenue par une institution publique par une dette plus coûteuse détenue par les marchés. C’est précisément cette absurdité que la congélation permettrait d’empêcher. Une autre politique est possible. @banquedefrance @ericcoquerel #BanqueDeFrance #DettePublique #Économie






