Certaines figures du milieu artistique et culturel, surtout des hommes blancs, au début des années 2020, se sont converties de manière ostentatoire à la religion diversitaire, en empruntant son langage, ses tics, en répétant ses formules obligées. C’était l’époque, à la fois proche et lointaine, de la révolution woke. Ces personnes ont ainsi sécurisé leur position dans notre système artistique et subventionnaire (et plus largement, dans notre espace public), d’autant que ceux qui ne suivaient pas le mouvement passaient pour rétrogrades, attardés (on les assimilait pêle-mêle au racisme et à l’extrême-droite). S'agissait-il d'une conversion sincère? Je ne saurais dire. Voulaient-ils faire oublier que quelques années auparavant, elles disaient tout autre chose que le discours «woke» et auraient pu ainsi être «cancellé»? J'ai tendance à le croire. Évidemment, quand on opère une telle conversion, elle doit être radicale, visible, ostentatoire, on doit montrer qu'on s'est arraché à ses préjugés d'hier, en se montrant intransigeant avec son ancien moi, en le piétinant. Mais voilà, les années passent, et l’humeur populaire change, le commun des mortels ne se laisse plus intimider aussi facilement. Le wokisme, autrefois obligatoire, exaspère de plus en plus. Que font alors ceux qui hier, lui ont prêté allégeance, sans vraiment y croire, sous le signe du mensonge opportuniste? Certains opèrent discrètement un retour au réel. J’en connais. Ils se déwokisent en douce, tout en donnant des gages à la morale médiatique de temps en temps. Mais d’autres décident d’assumer plus que jamais ce que j’appellerais leur transition de genre idéologique. Prisonniers de leur mensonge opportuniste (ils en ont trop fait, ils ne sauraient revenir en arrière sans se ridiculiser), ils en viennent à y croire, à devenir le masque qu’ils avaient construit socialement. Et pour cela, ils pratiquent la dénonciation permanente de ceux qui ne les accompagnent pas dans cette radicalisation. Ils les traitent de Steve et de Keven – à la française, on dirait qu’on les traite de beaufs. On appellera ça, tout simplement, une fuite en avant. Ce parcours doit engendrer chez celui qui l’a fait un sentiment d’aliénation profond. Ce parcours n’est pas si rare, je crois. Ce serait un excellent sujet de film. Je ne suis pas certain, toutefois, qu’il serait subventionné. #Wokisme #Culture #Identité






