15 juillet Il y a des dates qui s’inscrivent dans une vie comme une cicatrice. Le 15 juillet en fait partie. Ce jour-là, alors que je suis en train d’écrire, que les mots d’un livre tentent de raconter des années de combats, je reçois ceux d’une autre bataille. La plus intime. La plus violente. Celle d’un père face à la souffrance de son enfant. Aujourd’hui, une loi que je combats profondément vient d’être adoptée. Une loi que certains appellent "l’aide à mourir". Ces mots résonnent étrangement dans ma tête. Parce qu’au même moment, ma fille, elle, me parle de sa difficulté à vivre. Elle ne me parle pas d’une vie qu’elle voudrait quitter par choix. Elle me parle d’une vie devenue trop lourde à porter parce que la maladie l’a épuisée, parce que son corps ne répond plus comme avant, parce qu’elle a donné toutes ses forces pendant des mois pour rester debout. Je lis ses messages encore et encore. "Je n’y arrive plus papa." "Je suis en survie totale." "Je n’ai plus de vie." "J’ai besoin d’un miracle." Ces phrases, je les porte en moi. Elles me poursuivent. Et une peur terrible s’installe. Une peur que je n’ose même pas écrire tellement elle me fait mal. Je prie pour qu’elle ne tombe pas, dans cet instant de fragilité extrême, sur des mots qui pourraient lui faire croire que son épuisement est une fin. Je prie pour qu’elle n’oublie jamais qu’un moment de souffrance, même le plus violent, ne doit jamais être confondu avec toute une existence. Car moi, je connais ma fille. Je sais qui elle est derrière la maladie. Je sais qu’elle est celle qui, adolescente, avait sauvé Jazzlie. Ce cheval qu’elle avait regardé autrement que les autres. Là où certains auraient vu un animal perdu, elle avait vu une vie à protéger. Elle avait vu une petite lumière dans ses yeux et elle avait décidé de croire en elle. Cette force-là existe toujours. Même si aujourd’hui elle est enfouie sous la douleur. Même si aujourd’hui elle me dit qu’elle n’a plus rien. Moi, son père, je refuse de croire qu’elle n’est plus là. Ce qui me bouleverse le plus, ce n’est pas seulement sa souffrance. C’est de savoir qu’une personne qui a toujours donné de l’amour, qui a toujours cherché à sauver, qui a toujours voulu réparer, puisse un jour ne plus voir sa propre valeur. Alors je veux être là pour lui rappeler. Je veux lui rappeler qu’elle n’est pas un corps malade. Elle n’est pas un diagnostic. Elle n’est pas ses journées de souffrance. Elle est ma fille. Celle que j’ai portée dans mes bras quand elle était enfant. Celle pour qui j’ai traversé des kilomètres d’autoroute pour arriver à son chevet. Celle pour qui je me lèverai encore autant de fois qu’il le faudra. Ce soir-là, une pensée ne me quitte pas. Dans une société qui parle de plus en plus de la possibilité de mourir, qui parle de répondre à certaines souffrances par la fin, j’aimerais que l’on parle encore davantage de ceux qui n’arrivent plus à demander de l’aide. De ceux qui sont épuisés. De ceux qui ne veulent pas forcément mourir, mais qui veulent simplement que la douleur s’arrête. La différence est immense. Et moi, je continuerai à me battre pour que ma fille entende une autre phrase : "Tu n’es pas seule. On va traverser ça ensemble." Parce qu’aujourd’hui, son combat est devenu le mien. Et tant que j’aurai un souffle, je garderai l’espoir pour deux. #Soutien #Espoir #SantéMentale








