Bouteldja (@HB__officiel) ne connaît rien à l'histoire de l'Algérie, en dépit de son statut « d'indigène ». Le décret Crémieux de 1870 ne donne pas la « nationalité française » aux Juifs d'Algérie. Les indigènes juifs - et musulmans - étaient déjà des ressortissants français en vertu du sénatus-consulte du 1865. Ce que le décret Crémieux offre, c'est la citoyenneté et non la nationalité. Dans l'Empire colonial, la nationalité et la citoyenneté n'étaient pas nécessairement confondus. Un national pouvait accéder à certains emplois civils et administratifs, mais ne jouissait pas de tous les droits politiques (et n'était pas soumis à toutes les obligations) inhérents à la citoyenneté (comme le vote ou la conscription). Loin d'avoir été des spectateurs à la remorque des Français, les Juifs d'Algérie ont été pro-actifs pour accéder à cette nationalité. En 1860, une pétition adressée à Napoléon III recueille 10 000 signatures en ce sens. « Les soussignés, israélites indigènes de l’Algérie, supplient votre Majesté de les déclarer Français. Inspiré avant tout par nos sentiments de reconnaissance et d’amour pour la France qui nous a délivrés d’une tyrannie oppressive et barbare au-delà de toute expression ; dicté aussi par le changement que la conquête a apporté dans notre état intellectuel comme dans nos mœurs, ce vœu rencontre de vives sympathies parmi l’élite des Français fixés en Algérie » Devant l'inaction du gouvernement, les dirigeants communautaires juifs d'Algérie récidivent 5 ans plus tard : « Les soussignés ont l’honneur de vous exposer que, la nouvelle de votre retour en Algérie ayant ravivé les espérances de toute la population, les israélites en particulier ont pensé qu’ils devaient saisir avec empressement une occasion si favorable de réitérer, auprès de Votre Majesté, le vœu si constamment exprimé d’être élevés à la dignité de citoyens français » C'est alors qu'est mis en place le sénatus-consulte de 1865 qui reconnaît la qualité de Français aux Juifs et aux musulmans, sans leur accorder la citoyenneté. Toutefois, ces derniers peuvent y postuler, à condition de renoncer à leur statut personnel, c'est-à-dire aux dispositions de la loi mosaïque et coranique en matière de mariage, de divorce, de polygamie incompatibles avec le droit français. Mais les dispositions du sénatus-consulte donnant accès à la citoyenneté rencontrèrent peu de succès. Peu de Juifs et de musulmans demandèrent cette citoyenneté, se contentant de jouir des avantages de la nationalité française, sans les inconvénients de la citoyenneté. C'est pour cette raison que Crémieux proposa de mettre les Juifs d'Algérie devant le fait accompli « Ne leur dites pas : soyez français si vous le voulez, car volontairement ils n’abandonneront pas la Loi de Dieu ». Le pari de Crémieux est que les Juifs d'Algérie se conformeront au code civil quand ses prescriptions seront obligatoires. De fait, les Juifs se sont montrés plus réceptifs que les musulmans aux idées françaises, et ceci dès 1830. Ils n'ont pas attendu le décret Crémieux pour fréquenter l'école française. « Leurs enfants fréquentent nos écoles, parlent notre langue, prennent notre costume : sans perdre leur esprit de caste, ils deviennent clercs d’avoués, notaires, employés d’administrations ; ils sont déjà initiés à notre législation », observe en 1841 le baron Jean-Jacques Baude. À la fin des années 1850, le nombre d’élèves juifs scolarisés à Alger est de 1 700 ; 80 d’entre eux étudient dans le lycée de la ville, en 1854, alors que le nombre d’élèves musulmans n’y dépasse pas 1246. De leur côté, les musulmans n'ont jamais manifesté le même attrait pour la citoyenneté française. « Notre plus cher désir, la chose à laquelle nous tenons le plus, c’est de conserver notre loi, la charia », lisons-nous dans une pétition adressée par 1700 notables musulmans du Constantinois. « La nation algérienne et musulmane n’est pas la France. Elle ne saurait pas comment être française. Elle ne souhaite pas devenir française. Elle ne pourrait devenir la France, même si elle le voulait », proclame l'ouléma Ben Badis. Dans ces conditions, les différences de statut entre les juifs et les musulmans d'Algérie ne relevaient pas d'un complot colonial. Elles reflétaient trivialement le fossé entre l'attitude des Juifs et celle des musulmans à l'égard du modèle civique français. On recense d'ailleurs beaucoup de fonctionnaires qui manifestaient une certaine réticence à accorder aux Juifs les mêmes droits que les Français, de peur de blesser l'orgueil de leurs anciens maîtres musulmans, qui n'ont jamais supporté l'ascension sociale de l'ancien dhimmi. Mais ne comptez pas sur Bouteldja pour disserter sur l'héritage colonial islamique et ses conséquences pour les sociétés qui sont passées sous le joug abrutissant des musulmans. #Algérie #Histoire #Colonialisme








