🇫🇷 La demi-finale de Coupe du monde entre la France et l'Espagne va encore être l'occasion d'entendre les sempiternels : « En Espagne, ils savent former des footballeurs, alors qu'en France, nous ne savons former que des athlètes. » Toujours les mêmes clichés, avec un léger relent raciste. Car c'est bien connu : les Français noirs sont costauds et ne savent que courir, tandis que les petits Espagnols sont techniques et savent jouer dans les petits espaces. Je vais vous parler d'un joueur que j'ai suivi depuis ses débuts au TFC, Manu Koné, révélation française de cette Coupe du monde, afin d'illustrer la qualité de la formation française. Né à Colombes, Emmanuel Koudio Koné a débuté le football dans les Hauts-de-Seine, à Villeneuve-la-Garenne. Chez les jeunes, que ce soit dans son premier club, puis au Paris FC et à l'ACBB ou à l'INF, il était très loin d'être le plus athlétique. Au contraire, à l'époque, il évoluait au milieu de terrain, plutôt sur un côté. Il n'était ni très rapide, ni particulièrement tonique, et se faisait régulièrement dominer physiquement. En revanche, c'était un magnifique footballeur. Il sentait le jeu comme très peu de joueurs, ce qui lui donnait une compréhension du football exceptionnelle ainsi que des aptitudes méthodologiques très développées. C'est Alain Bornand, recruteur du TFC pour l'Île-de-France, qui est allé le chercher, voyant notamment chez lui un énorme potentiel à développer, alors qu'il suivait un double cursus entre l'ACBB et l'INF. Arrivé comme milieu excentré dans la Ville Rose, il en est ressorti comme un milieu relayeur exceptionnellement doué avec le ballon. Car, dès ses débuts à Toulouse, il a été victime d'une grave blessure au pied : une fracture ouverte, survenue quasiment dès son premier entraînement, qui a nécessité une évacuation par les pompiers. Sa blessure était loin d'être anodine : il est resté éloigné des terrains pendant plusieurs mois et a notamment dû se déplacer en fauteuil roulant. Il a dû réinventer ses courses, son positionnement du corps et de son pied et, au final, avec la maturité physique qu'il avait acquise, ses formateurs ont choisi de le replacer dans l'axe du milieu de terrain. Il a ensuite conduit le TFC en finale du championnat de France U17 puis de la Gambardella. Ce n'est donc pas pour son physique qu'il s'est imposé, mais pour sa capacité à sentir le jeu, à anticiper les trajectoires et à ressortir proprement le ballon. Bien sûr, sa maturité physique tardive lui a permis de s'étoffer et de devenir un joueur très performant sur le plan athlétique. Mais il suffit de regarder sa prestation contre le Maroc, en quarts de finale de la Coupe du monde, pour constater qu'il a complètement dominé Bouaddi et El Aynaoui, aussi bien physiquement que techniquement. Ses performances contre le Paraguay, puis contre le Maroc, confirment le joueur exceptionnel qu'il est : capable de répondre au défi physique tout en restant d'une grande fiabilité technique. Ce que je viens d'écrire sur Manu Koné, je pourrais l'écrire sur Saliba ou Upamecano, qui ne sont pas que des monstres physiques mais également des joueurs avec une énorme compréhension du jeu et des qualités techniques très élevées pour des défenseurs centraux. Car oui, la France ne forme pas uniquement des grands noirs athlétiques ... #Football #CoupeDuMonde #FormationDesJoueurs